Tribune de Michel Forissier

3 mars 2017 / Catégorie :

En tant que Sénateur-maire de Meyzieu et Secrétaire départemental de la Fédération des Républicains du Rhône, je souhaite partager ma vive indignation, suite aux récentes attaques médiatiques dont sont actuellement la cible de nombreux parlementaires français.

Un climat insoutenable

Sil est tout à fait légitime que les contre-pouvoirs questionnent, interrogent, il appartient aux institutions, notamment judiciaires, de placer les éléments dans leur contexte et d’évaluer les responsabilités de chacun. Détruire et jeter lopprobre est toujours plus aisé et vendeur que bâtir : la présomption dinnocence doit ainsi plus que jamais primer et protéger lensemble des justiciables, lensemble des Français.

La force de notre pays repose sur la puissance de ses institutions : juges comme élus agissent au quotidien en tant que garants de nos choix de société, de nos libertés, au nom du peuple.

Antiparlementarisme ? 

Il apparait difficile de ne pas voir, dans la récente succession dattaques contre de nombreux députés, un mouvement de fond dangereux pour notre démocratie, proche de lantiparlementarisme. Les gros titres et double-pages des journaux jettent de facto le discrédit sur lensemble de la classe politique, sans distinguo. Ce sont ainsi 925 parlementaires, qui se retrouvent placés, ainsi que leurs familles, sous le feu dune insidieuse suspicion.

Car il sagit bien ici dobserver la volonté sous-jacente de remise en question globale de lorganisation de notre système républicain national et de la crédibilité de la représentativité du peuple : en un mot, dattaques visant à affaiblir la solidité de nos institutions, pourtant garantes de notre démocratie. Le scandaleux slogan « tous pourris » ne date pas d’hier, cependant jusqu’à ces derniers jours l’ensemble des rédactions des médias locaux et nationaux, sérieux, vérifiaient plutôt deux fois quune leurs propos avant publication.

A lheure des fake news dont on a, de ce côté-ci de latlantique, très justement dénoncé lusage lors de la dernière élection américaine, il convient de se questionner sur l’évolution de notre système médiatique. Les supports de communication actuels fonctionnent plus vite, diffusent plus largement, et raccourcissent les éléments dune situation, là où le temps de lecture dun article de fond permettrait judicieusement de nuancer les choses.

Le pouvoir doit rester dans les mains des électeurs : à chaque échéance, cest à eux que doit revenir lexclusive responsabilité, directement ou via leurs représentants, de maintenir aux affaires ou changer d’élu.

Informerou vendre ?

Soyons clairs : il est bien évident quune entreprise, pour continuer à proposer ses services, se développer, doit gagner plus dargent quelle nen dépense. Les médias sont, comme toutes les entreprises, contraintes par cette réalité économique. Ceux-ci doivent constamment se réinventer afin de poursuivre leur activité. Mais cela doit-il se faire en fragilisant ce qui est fondamentalement la force de la mission journalistique – lincontestabilité du contenu – et ce au mépris du respect de la personne humaine ?

Il est très certainement moins vendeur d’évoquer les grands problèmes de notre société : éducation, formation, emploi, logement, pouvoir dachat, santé publique, sécurité, place de la France dans le monde

Pourtant, laction des élus, de leurs collaborateurs, des associations locales, est résolument orientée vers ces problématiques de la « vraie vie ». Les parlementaires ont ainsi, au-delà de leur temps passé dans lhémicycle, de nombreuses heures dactions et de travail à Paris en salles de réunion, de commission, daudition, et bien entendu dans leur circonscription, sur le terrain, là où plus quailleurs, limplication et le temps de travail ne peuvent être quantifiés. Cette « belle besogne » quotidienne, qui ne sarrête ni à 18 heures ni aucun jour de lannée, nest pourtant que peu, pour ne pas dire presque jamais, mise en avant par les médias.

Un avenir incertain

Un danger guette la France : cette remise en cause collective, dont certains médias sont à la fois clients et fournisseurs, crispe les relations entre les composantes de notre société.

Par lopposition systématique des groupes et institutions, la segmentation sociale de notre pays doit être redoutée. Ce discrédit porté sur la représentation nationale discrédite aussi les traditionnels partis politiques de gouvernement.

Prenons garde.

Le peuple de France et lidée même du vivre ensemble risquent den être les premières victimes.

Michel FORISSIER